Egalité homme-femme : de quelle égalité s’agit-il ?

Exposé donné par Jean-Luc Berlet, philosophe

 8 mars 2014, Paris

    « On ne naît pas femme, on le devient. »    Simone de Beauvoir

    Dr Jean-Luc BerletA travers ce mot célèbre, Simone de Beauvoir semble vouloir nier la dimension naturelle de la femme au profit de sa construction culturelle. Or, à mon sens, en fondant son idée de l’égalité sur le constructivisme, Beauvoir fait fausse route. La compagne de Sartre ira même jusqu’à refuser d’enfanter afin de s’émanciper de ce qu’elle juge être un joug scandaleux de la nature. Il est pour le moins étonnant qu’on puisse faire d’un tel miracle consistant à donner la vie une marque d’infériorité de la femme alors qu’il s’agit d’un magnifique privilège. Cela étant, Simone de Beauvoir n’a pas tort de fustiger l’inégalité qui règne  entre les sexes qui règne à l’époque où elle écrit Le deuxième  sexe.   

   La mythologie occidentale peut être résumée à une justification du pouvoir masculin exercé au détriment de la femme. De ce point de vue, le mythe grec de la boite de Pandore semble exactement dire la même chose que le mythe juif du Paradis perdu : c’est par la femme que le malheur s’est abattu sur l’humanité…En ouvrant la boite aux malheurs, Pandore aurait cédé au même défaut féminin qui a poussé à manger la pomme maudite : la curiosité. En fait, ces deux mythes traduisent le complexe d’infériorité des hommes de cette époque, fascinés par le miracle féminin de l’enfantement, d’où une violente réaction de surcompensation à travers le dénigrement moral de la femme et sa culpabilisation. Tel est en tout cas la thèse séduisante de la psychanalyste Françoise Dolto.

   En Extrême-Orient, les mythes fondateurs n’ont pas cette tendance phallocratique et pourtant les femmes y ont toujours été rabaissées et parfois même plus qu’en Occident. Dans la cosmologie chinoise, le Tao se  compose du couple complémentaire Yin-Yang qui recoupe lui-même la polarité entre le féminin et le masculin. Sur cette base commune, deux philosophies rivales vont émerger en Chine : le taoïsme et le confucianisme. Tandis que le  taoïsme pose l’égalité ontologique entre le féminin et le masculin, le confucianisme tend à privilégier l’homme au détriment de la femme. Pour le taoïsme, la dualité entre le féminin et le masculin est sur un plan horizontal, tandis que pour le confucianisme elle est sur un plan vertical, l’homme étant associé au Ciel et la femme à la Terre…Or, historiquement, c’est le confucianisme qui s’est imposé au détriment du taoïsme dans les sociétés asiatiques !

   A partir de ces deux modèles différents de soumission de la femme à l’homme, ce sont aussi deux formes très différentes de féminisme qui sont apparues en Occident et en Orient. Le féminisme occidental apparu dans les années soixante-dix est marqué par l’influence de l’existentialisme et du marxisme avec comme figure de proue Simone de Beauvoir et son Deuxième sexe. D’une part ce féminisme se caractérise par un recours à la lutte des sexes sur le mode de la lutte des classes, ce qui se traduit par la volonté des femmes de reprendre le pouvoir confisqué par les hommes. D’autre part, ce mouvement féministe cherche à créer une véritable identité féminine au-delà de la fonction biologique de reproduction en posant le principe d’une spécificité psychologique et spirituelle de la femme. C’est ce second axe qui me paraît le plus intéressant, car il permet d’affirmer simultanément l’égalité et la différence de la femme. La féministe Ménie Grégoire a d’ailleurs raison d’affirmer que la réduction de la femme à son rôle procréateur ne pouvait se justifier qu’à une époque où la natalité garantissait la survie de l’espèce humaine.

   En Asie, contrairement à l’Occident, le féminisme n’a pas emprunté la voie intellectuelle, mais plutôt la voie corporelle. A partir du moment où le corps de la femme asiatique a commencé à se libérer, cette dernière s’est très vite imposée comme la partenaire indispensable de l’homme. La femme asiatique est devenue le fer de lance du miracle économique de l’Extrême-Orient, sans parler de la gloire sportive qui dans ses pays se conjugue essentiellement au féminin. Aujourd’hui, les femmes d’Asie sont en train de prouver que l’idée d’une essence de la femme n’est pas incompatible avec son émancipation contrairement à l’affirmation de Simone de Beauvoir. L’égalité dans la différence n’est pas une supercherie, mais une réalité qui fait le charme même de l’existence.

Conférence : Egalité homme-femme : de quelle égalité s’agit-il ?

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