Engager la société civile pour renforcer la sécurité et la cohésion en Europe
Le rôle de l'éducation interculturelle et interreligieuse
Reconstruire l'intégrité et la confiance
David Fraser Harris, FPU Moyen-Orient et Afrique du Nord

David Fraser-HarrisNotre temps semble être caractérisé par une érosion effrayante de la confiance. Depuis le choc de Septembre 2011, nous avons appris à réfléchir à deux fois avant de nous rendre à Londres ou à Madrid ou à Paris ou à Bruxelles ou à Nairobi ou à Istanbul ou Le Caire - pour ne citer que quelques-uns. Depuis l'effondrement de 2008, nous avons appris à réfléchir à deux fois avant de faire confiance à nos banquiers. Puis nous avons appris que les cyclistes et les athlètes ont utilisé des médicaments pour tricher et que l'organe directeur du football a pu être en proie à la corruption. Au cours des dernières années, au Royaume-Uni nous avons  découvert la réalité honteuse des décennies d'abus sexuel caché derrière le glamour de personnalités de la télévision. Le tout récent assassinat de la Parlementaire Britannique Jo Cox, était une attaque contre l'essence même de la démocratie.

Comment pouvons-nous répondre? Les aéroports ont augmenté les contrôles et les systèmes de sécurité; les banques ont installé des contrôles nouveaux et des normes nouvelles; les institutions ont établi des contrôles avant de permettre à quiconque de travailler avec des personnes vulnérables. Bien sûr, nous avons besoin de tout cela, et même nous l'apprécions. Cependant, on ne peut pas éviter le fait qu'on ne pourra jamais légiférer notre chemin vers la sécurité et la paix. La clé de la paix, ce sont les gens: c'est la façon dont les gens pensent et ressentent et vivent. La réalité qu'il faut confronter, c'est que l ' «ennemi» n'est plus «quelque part là-bas» - mais à l'intérieur: à l'intérieur de nos pays, de nos sociétés, et de nos cœurs et de nos esprits. Si nous voulons renforcer la sécurité et la cohésion ici en Europe, je crois qu'il faut commencer par bâtir à nouveau de l'intégrité chez les gens et la confiance entre les gens. Par conséquent, cette discussion doit aborder d'abord les rôles de la culture et de la religion, puis le rôle de la coopération.

Culture et religion

Je ne pense pas que la religion par elle-même sera en mesure de créer un monde de bonté. Aucun individu ou institution n'a de valeur en soi. Je pense certainement que les religions ont le potentiel de faire de meilleures individus, et que ces individus peuvent faire un monde de bonté. Nous avons aussi des ressources considérables dans les diverses cultures de notre monde: l'un qui vient à l'esprit est le film, Bridge of Spies, où l'ennemi du personnage principal l'appelle "Homme Debout", un exemple classique d'intégrité. Et, comme je pense qu'on en a discuté dans la session précédente, la famille est essentielle à la transmission des valeurs.

Chacune des religions du monde a produit ses fruits - sous la forme d'individus et d'institutions. Je pense aux personnages dont les attitudes et comportement affichent des qualités exemplaires; des gens comme le Mahatma Gandhi, Florence Nightingale ou Mohammad Ali. Je dis fruits car le facteur clé ici n'était pas un système de en lui-même mais plutôt une réponse passionnée à la conscience qui a transformé ces individus en dirigeants aussi influents. Ce fut sa conscience enracinée dans sa foi qui a inspiré William Wilberforce à s'opposer à l'église établie et à faire campagne pour mettre fin à l'esclavage. Beaucoup de nos institutions modernes, comme les hôpitaux et les universités, plongent leurs racines dans une religion ou une autre. Il y a dix ans au Liban, peu après la courte guerre avec Israël, j'ai accompagné un groupe de chrétiens et de musulmans américains et libanais pour visiter Rabab Sadr, dont la fondation musulmane chiite dirige 8 hôpitaux, 2 cliniques mobiles et un orphelinat pour plus de 1100 enfants.

La religion vécue offre un puits profond qui peut habiliter les plus grands artisans de paix. Souvent, on s'inquiète de ce qu'il faut à faire pour apporter la paix. Lors d'une récente rencontre de la FPU à Londres, parlait Lord Eames, l'ancien primat anglican de toute l'Irlande. En parlant de son rôle dans le processus de paix, il faisait référence à des années d'efforts infructueux, qui changèrent du tout au tout un jour quand l'un des côtés vint frapper à sa porte. "Nous voulons que vous soyez impliqué dans le processus," lui ont-ils dit. «Nous vous faisons confiance." Pourquoi ? Parce qu'il avait écouté, écouté et écouté. L'ancien grand rabbin de Grande-Bretagne, en citant l'anthropologue, Malinowski, dit que lorsqu'on écoute, on dit à l'autre personne: «Je suis ici pour toi."

Notre monde est rempli de gens dont l'identité essentielle est religieuse. La religion à son mieux renforce l'identité, transmet des valeurs et développe une communauté élargie où la confiance est présente et les valeurs réaffirmés. Elle a la capacité d'inculquer à quelqu'un l'attitude et le caractère qui vont résister à la corruption, rejeter l'immoralité et refuser de maltraiter un étranger. C'est précisément parce qu'ils ont connu ces qualités que beaucoup répondent aux atrocités d'aujourd'hui avec ce qui semble être des platitudes, disant par exemple: "Notre religion est une religion de paix» ou «Ils ont diabolisé notre religion." J'ai honte de mes compatriotes quand des fans anglais sont emprisonnés pour un comportement violent en France, mais cela ne veut pas dire que je cesse de regarder le football ou que je condamne le pays. Comme on dit, il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain.

Les cultures, également, ont des clés fondamentales pour la paix, la sécurité et la cohésion, la plus évidente de toutes dans la famille et la famille élargie. Savez-vous comment les Coréens s'adressent à une personne plus âgés dans la communauté? "Ajossi", ce qui signifie "oncle". Et les Arabes? Qu'est-ce-qu'ils disent? Aammo, ce qui signifie oncle. Qu'est-ce qu'on disait auparavant en Italie? Papa-nonno, ce qui signifie «papa-grand-père." Dans la campagne écossaise, la tradition veut qu'on accueille un étranger "comme s'il était le Christ". L'hospitalité arabe est légendaire. "Ahlen wasahlen," traduit grossièrement, signifie «Que la voie soit sans encombre pour vous." Il est des traditions comme celles-ci qui ont favorisé un sentiment de confiance et de communauté. Le meilleur de ces traditions est souvent conservé dans des spectacles culturels qui véhiculent des exemples de valeurs suprêmes pour les générations à venir et les cultures lointaines.

La coopération

On considère parfois la coopération interreligieuse comme un club pour parleurs de Dieu. Ce n'est pas ce dont le monde a besoin. On a besoin de gens qui peuvent découvrir les points forts des religions (et des cultures) du monde et les communiquer; afin que chacune puisse se développer et contribuer à un environnement mondial. On a besoin de voir et de comprendre le meilleur de la culture de l'autre et, comme les différents membres d'un orchestre ou d'une équipe de sport, de jouer notre rôle dans le tableau d'ensemble. Si c'est bien fait, on développe une plus grande confiance et un sens plus large de la communauté. On peut prendre pour exemple le Moyen-Orient et l'Europe. Le monde arabe manque malheureusement d'une tradition de valeurs civiques, qui permettrait aux gens de vues ou de factions différentes de coexister pacifiquement au niveau national; pourtant, l'Europe, qui a une tradition développée de la démocratie, perd rapidement le sens de la valeur de la famille, en particulier de la famille élargie. C'est un des points forts du monde arabe. Il faut apprendre les uns des autres!

Quelques exemples

Permettez-moi de donner quelques exemples de programmes qui reflètent cet esprit - de promouvoir la compréhension mutuelle de la culture et de la religion d'autrui.

Avez-vous entendu parler des Petits anges de Corée? C'est un groupe d'enfants qui pratiquent la danse et des chants coréens traditionnels dans des vêtements traditionnels aux couleurs vives. Ils ont été formés dans les années 1960, quand la Corée était connue comme un pays déchiré par la guerre. L'intention du Père Moon en les créant était de montrer au monde la beauté de la culture historique de la Corée. En 2010, ils ont fait une tournée de remerciement des nations qui avaient envoyé des troupes dans le cadre de la force de l'ONU pour protéger la Corée. J'étais à Istanbul lorsqu'ils ont joué devant des anciens combattants turcs de la guerre de Corée en pleurs, qui avaient perdu 900 de leurs camarades dans cette guerre. Le jour d'avant, la nation les avait vus sur scène à la résidence privée du président Gul, chantant une chanson turque traditionnelle. Le sourire sur le visage du président n'avait d'égal que l'enthousiasme du groupe de jeunes Turcs qui nous ont aidés à organiser l'événement du lendemain: ils faisaient partie de la société "Aimez la Corée".

En octobre 2001, j'étais à New York. IIFWP, l'organisation qui précédait la FPU, avait organisé une conférence, que, à la suite des événements de Septembre 2001, l'on avait choisi de maintenir en la renommant "Violence globale: Crise et espoir. " Lors du petit déjeuner avec Abdurrahman Wahid, le président d'alors de l'Indonésie, le fondateur de la FPU, Sun Myung Moon, proposa une conférence à Jakarta, dont l'intention essentielle était de montrer au monde le vrai visage de l'Islam. Cette conférence, tenue immédiatement après le Ramadan, suivait une longue liste de programmes, y compris le Séminaire des Religions du Monde, qui en mai 1982 avait emmené des jeunes des religions mondiales pour une visite des lieux saints tandis tout en apprenant et en étudiant les religions les uns des autres. Conçu pour ouvrir les yeux sur le bien existant dans chaque religion, le projet annuel a clairement accompli ce but en ce qui concerne au moins un récent Premier ministre. Le Service de la jeunesse religieuse (RYS) a pendant plus de 30 ans rassemblé des jeunes de toutes les religions pour offrir un service pratique à des communautés dans le besoin, du Sri Lanka à la Jordanie en passant par Tatabanya en Hongrie. Ce projet sème des graines de respect dans le cœur des participants, principalement parce qu'ils sont témoins que les uns et les autres se mettent au service d'autrui; cela produit des artisans de paix.

Permettez-moi d'étendre l'éventail pour inclure des projets dont j'ai seulement lu des comptes rendus. Certains d'entre vous connaissent peut-être plus que moi en ce qui les concerne. Sur tanenbaum.org, j'ai lu à propos de l'imam Muhammad Ashafa et du pasteur James Wuye, des chefs religieux qui vivent à Kaduna, une ville dans le nord du Nigeria. Ils ont tous deux subi des pertes personnelles douloureuses dans le conflit de 1992, mais ils sont allés au-delà du désir initial de vengeance pour former un centre de médiation interreligieuse qui compte désormais 10.000 membres.
La Fête est une initiative interreligieuse à Birmingham, en Angleterre. Je cite: «Au cœur de la fête, il y a le désir de réunir des adolescents de différentes confessions pour nouer des amitiés, explorer la foi et changer les vies. On fait cela en les invitant à prendre part à des événements de rencontre où ils peuvent rencontrer des pairs d'autres religions... On encourage les jeunes à prendre les leçons tirées de la fête dans leur vie quotidienne. On est fiers de voir ce groupe divers de jeunes qui font un tel changement positif dans leurs familles, leurs écoles et leurs communautés. "

"Near Neighbors" est un projet dans différentes parties de l'Angleterre. "L'idée derrière Near Neighbours est de rassembler les gens qui sont proches voisins dans des communautés qui sont religieusement et ethniquement diverses, afin qu'ils puissent apprendre à se connaître, établir des relations de confiance et collaborer ensemble sur des initiatives qui améliorent la communauté locale dans laquelle ils vivent. "

Ce sont des projets qui abordent directement les dangers de l'isolement communautaire.

Voici quelques exemples de dirigeants interconfessionnels sérieux. Il y a plus de 10 ans, j'ai rencontré Mgr Batikha, un leader catholique syrien à Damas. Il m'a dit: «Je nous qualifie souvent d'Église de l'Islam. Nous ne pouvons aller à Dieu qu'à travers notre frère ". Un cheikh sunnite syrien que je connais voit Dieu dans les autres religions et aime à répéter: «Il n'y a pas de monopole du salut." Il y a presque 3 ans dans une conférence à Amman, un participant musulman égyptien a parlé au pape copte Tawadros d'Egypte, qui, en entendant parler de menaces sur les églises, a déclaré: "Si vous brûlez l'église, nous viendrons prier avec vous dans la mosquée. S'ils brûlent la mosquée, nous prierons ensemble dans la rue ". Ces paroles ont fait fondre  les tensions et gagné le respect profond des musulmans en Egypte.

Il y a beaucoup, de bonnes initiatives. Plus près de chez nous, la Fédération des femmes pour la paix mondiale en Jordanie a récemment mené un programme de formation du caractère avec des jeunes jordaniens  dans des camps de réfugiés dans le pays. Sur la base d'une expérience précédente avec un projet de la FPU, le Football pour la paix, un Club pour la paix forme des entraîneurs de football en Jordanie, leur permettant de transmettre des valeurs aux jeunes joueurs qu'ils forment. Aussi en Jordanie, le Prince Feisal Al Hussein a créé « Generations for Peace », une organisation globale de consolidation de la paix sans but lucratif  qui utilise le sport, l'art, le plaidoyer, le dialogue et l'autonomisation pour résoudre les conflits dans les communautés touchées par les conflits et la violence."

Je voudrais revenir à ce que je considère comme le cœur de la question: les personnes, les bonnes personnes. Même les plus religieusement motivés n'ont pas d'impact en raison de leurs croyances; c'est plutôt parce qu'ils reflètent  simplement l'essence de la religion - vivre pour les autres. Florence Nightingale, qui a réformé les soins infirmiers au Royaume-Uni, l'a fait parce que, assise dans le jardin de ses parents, elle avait senti un appel de Dieu pour servir les autres. Mon propriétaire en Ecosse est un homme bon. Il est populaire parce que sa boutique est au service des autres. Il est également le seul musulman dans le village. Il est un exemple vivant d'intégration. Je ne vis pas à Londres mais je suis sûr que le nouveau maire n'a pas été élu parce qu'il est musulman; il a été élu parce qu'il se soucie à l'évidence de la ville.

Notre monde a besoin de gens qui se soucient des autres, de gens qui écoutent, de personnes intègres. On a besoin de se sentir compris, inclus, valorisé. Récemment, notre famille a visité une famille de réfugiés syriens en Ecosse. Lorsque le père a entendu ma fille parler, il fait un grand sourire. "Vous êtes syrienne!" Il a dit. Ils ont le même accent.

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